Architecture : Un «roman» sur Pouillon

elwatan.com | 03/12/2016

architecture 1Depuis les cités d’Alger (Diar El Mahçoul, Diar Es Saada, les Cent Colonnes…) des années cinquante jusqu’aux réalisations touristiques balnéaires et sahariennes des années soixante-dix, durant la période du président Houari Boumediène, toute l’Algérie est traversée par des œuvres de l’architecte Fernand Pouillon que l’on n’a pas fini (ou commencé ?) de répertorier.

Il s’agit pourtant d’un patrimoine architectural important et original que bien des pays sans doute envient à l’Algérie mais que celle-ci semble ignorer encore. L’état de délabrement de certaines de ses réalisations et les dénaturations d’autres le montrent bien. Mais il s’agit sans doute d’une désaffection plus générale à l’égard de «l’architecture» qui a été remplacée, au nom de l’urgence, par la «construction».

Pour ceux qui veulent découvrir le travail de Pouillon et son génie créatif particulier, nous recommanderons cet ouvrage paru aux éditions Dalimen. Intitulé simplement L’Architecture par Fernand Pouillon, il est signé par Catherine Sayen qui sait de quoi elle parle. En effet, cette diplômée en sciences politiques, spécialité aménagement du territoire et urbanisme, a été formée à l’architecture par Pouillon de 1982 à 1986. Elle a été urbaniste, maître d’ouvrage et entrepreneur en bâtiment, découvrant toutes les facettes de cet univers. Depuis 1996, elle est présidente de l’association «Les Pierres sauvages» dont le nom est emprunté au titre d’un livre de Pouillon auquel elle consacre tout son temps désormais pour faire connaître et promouvoir son œuvre multiforme.

Son ouvrage se distingue par son genre. Il ne s’agit pas d’un austère traité d’architecture, mais d’un «récit» tel qu’annoncé en couverture. Elle y raconte Pouillon de manière vivante et souvent agréable à partir de la relation d’un de ses chantiers les plus emblématiques : la construction, en 1953, des 750 logements de l’ensemble immobilier de Diar Es Saada dans le quartier du Clos Salembier (auj. El Madania) d’Alger. Elle n’hésite pas pour cela à utiliser les techniques narratives du roman et l’on y voit et entend Pouillon à travers des dialogues et des scènes imaginées mais construites à travers ses propres textes. C’est à la fois le personnage, ses conceptions visionnaires de l’architecture et de l’urbanisme et ses méthodes à l’époque révolutionnaires de travail qui apparaissent ainsi au fil de ce chantier considérable qui suscitait alors bien des oppositions.

La démarche littéraire de Catherine Sayen, et c’est ce qui fait toute son originalité, s’accompagne cependant de plans, schémas et photographies qui viennent s’insérer dans le récit et l’on pourrait parler, d’une certaine manière, d’un roman architectural. Entre les visions de Fernand Pouillon, ses doutes, ses joies et ses coups de colère, l’auteure nous propose en fait une description animée de l’épopée que constitue un chantier, a fortiori dans un contexte comme celui de l’Algérie des années cinquante, tendu, explosif et peu voué à l’édification. C’est aussi et surtout un texte instructif sur le métier d’architecte, cet «artiste» particulier qui doit composer entre les désirs de son commanditaire, les possibilités de la nature, les limites de ses moyens, les règles de sa discipline et ses propres visions et conceptions.

Les étudiants en architecture mais aussi les architectes et toute personne curieuse ou concernée devraient lire cet ouvrage. 

Catherine Sayen, «L’Architecture par Fernand Pouillon». Ed. Dalimen, Alger, Oct. 2015. 198 p.

Ameziane Ferhani

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