Portrait, Abbes-Kebir Benyoussef, directeur du musée de la manufacture d’armes de l’Emir Abdelkader : L’archéologue-bédéiste

elmoudjahid.com | 18-02-2016

Un regard espiègle par-delà la paire de lunette glissant sur le nez, Abbes-Kebir Benyoussef affiche également tout le temps le sourire, une bonhomie qui se laisse partager, qui se transmet instantanément, mettant à l’aise le visiteur dans son antre, tout de go charmé et transporté en un voyage historique.

Si Abbes-Kebir Benyoussef est présentement directeur du Musée de la manufacture d’armes de l’Emir Abdelkader, il en fait partie, une pièce centrale qui le raconte et qui le fait revivre.

« J’étais présent dès le premier coup de …truelle, de brosse pour les travaux de restauration de cet édifice historique », nous dit-il. Archéologue de formation de la promotion de 1981, il est affecté à la circonscription archéologique d’Ain-Defla, et de fait il assiste au début des travaux de restauration de la manufacture d’armes entre 2005 et 2007. Il y passe ses journées, surveillant les travaux, et surtout les coups de pioche des ouvriers. « Nous avons pu ainsi récupérer plusieurs pièces et fragments archéologiques et, surtout, des moules qui avaient servi à l’époque pour usiner des pièces d’armes, des affûts de canon. » C’est que la bâtisse abandonnée était en piteux état, menaçant ruine, enveloppée d’une dense végétation. Située en contrebas de la ville de Miliana, le site avait été choisi par l’Emir Abdelkader au regard de sa position stratégique, dominant la plaine du Chélif et surtout se trouvant en aval de deux oueds. Une eau à profusion nécessaire comme énergie pour faire tourner les cinq forges « à la catalane ». C’est un ingénieur du nom d’Alquier Cases qui avait déserté l’armée française, subjugué par l’aura de l’Emir Abdelkader, qui gérait cette manufacture. Une énergie hydraulique qui faisait tourner une immense roue pour faire actionner un martinet qui donnait au minerai fondu la forme voulue. C’était au printemps 1839, aux premières années de la résistance contre le colonialisme français qui avait pris pied sur la terre d’Algérie. Sur deux étages, la manufacture s’étalait sur une superficie de 800 m2, attenante à une autre bâtisse qui servait de chambres pour la restauration et l’hébergement des ouvriers, disposant également d’un hammam. En 1840, avant la chute de la ville de Miliana, l’Emir Abdelkader décide sa destruction pour éviter que l’armée coloniale ne s’en serve. La manufacture a retrouvé aujourd’hui son âme, se laissant raconter par les mannequins reproduisant les gestes des ouvriers de l’époque. Un équipement scénographique fait de sons et de lumières réalisé par un bureau d’études artistiques de Mostaganem qui reconstitue l’atmosphère et donne un aperçu sur le génie militaire et organisationnel de l’Emir Abdelkader. Un lieu qui ne désemplit pas à longueur d’année, accueillant ses visiteurs. Abbes-Kebir Benyoussef, c’est aussi ce bédéiste, ce caricaturiste. Un des derniers « Mohicans ». Une reconnaissance pour son œuvre et son parcours lors du dernier FIBDA en octobre dernier. Il y a exposé une vingtaine de planches « des planches originales ». Une rétrospective sur son parcours artistique. Des œuvres accrochées jusqu’à l’heure au niveau de Riad El-Feth. « L’orchestre aux ba- nanes » c’était son tout premier album paru en 1983 aux éditions ENAL. Sur les tables de l’ENAG Réghaïa, c’est l’histoire de l’Algérie en bande dessinée qui déroule avec au début « Abdelmoumène, le Chevalier du Maghreb », la
« Kahina, reine du Maghreb », des recueils pour retracer l’épopée des grandes figures historiques de la région. A l’occasion du 50e anniversaire des manifestations populaires de Paris, Abbes-Kebir présente « 17 Octobre, 17 bulles », l’histoire revisitée sous ses esquisses et racontée en bulles. L’artiste n’en reste pas là, il prend son crayon et caricature. C’est une expérience qui l’a amené à offrir ses services à plusieurs journaux.
« Une caricature, c’est le travail d’une heure mais je préférais la bande dessinée quoique cela nécessitait au bas mot pas moins d’une année de travail », souligne Benyoussef. Une passion qu’il transmet à son jeune public, aux jeunes visiteurs, les enfants qui prennent d’assaut la manufacture lors des vacances scolaires. Des ateliers de dessin sont régulièrement organisés parallèlement aux autres activités éducatives. « Raconter autrement l’histoire, transmettre aux jeunes générations notre legs historique à travers des activités ludiques, instructives et captives de leur curio- sité ». La manufacture d’armes de l’Emir Abdelkader mérite le détour tout autant qu’une
« Gâada » avec son directeur, le pourvoyeur de son âme…
Abderrahmane Marouf Araibi

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