Entretien avec l’écrivaine algéro-chilienne Adriana Lassel : « J’ai fait mien ce pays »

elmoudjahid.com | 20-01-2016

Née au Chili, Adriana Lassel est l’auteure de plusieurs essais et romans tels Lucas le Morisque ou le destin d’un manuscrit retrouvé (Tell, Blida, 2007), Parfum de vie (Thala, Alger, 2010) ou Cinq années avec Cervantès (Dalimen, Alger, 2012).
Dans cet entretien, la romancière nous ouvre son cœur et se confie, sans retenue aucune, en nous parlant de son nouvel ouvrage «Une maison au bout du monde», paru récemment aux éditions Dalimen dans lequel elle dévoile les moments les plus marquants de sa vie.

Dans votre dernier ouvrage, vous relatez les différentes étapes de votre vie riche en événements. Qu’est-ce qui vous a donné envie de le faire ?
Des personnes de ma famille m’ont demandé d’écrire sur notre famille. L’idée ne m’enchantait pas. L’envie m’est venue quand j’ai pensé à la maison familiale comme axe du récit : la maison comme source, comme lieu de vie, point des rencontres, espace des joies et des douleurs, la maison qui, comme un être vivant, a été jeune, belle et qui a vécu et a vieilli.

Vous avez toujours défendu et soutenu les causes justes dont celle de la révolution algérienne et ce, depuis votre jeune âge…
La question de l’engagement remonte à mes années universitaires, mais plus qu’un engagement social, c’était un intérêt pour le monde. Des amis de gauche m’ont montré le chemin et je participais à des manifestations, par exemple, celles contre la mainmise des Etats Unis sur les pays d’Amérique Latine, celle de soutien au Vietnam, à l’Algérie, etc.
Plus tard, la révolution cubaine a renforcé ma vision du monde. Mes engagements humanitaires, je les exprime dans mes écrits, même si ma voix ne porte pas trè loin. En 1991, j’ai écrit «Images d’Amérique», un ouvrage sur l’Amérique de tout un continent, l’Amérique de plus de vingt pays. Le livre, édité par l’ENAP (maison d’édition algérienne qui n’existe plus) a été vendu, seulement, à quelques centaines d’exemplaires.
Nous vivons aujourd’hui dans un monde difficile qui nous interpelle. On ressent l’envie de témoigner. Je souffre de la situation de la Syrie, du Moyen-Orient. Surtout, je voudrais que la Palestine puisse vivre comme Etat souverain et que les Palestiniens puissent s’épanouir. Face à tout ça, il ne reste à la littérature que la force du témoignage.

Comment vous vous êtes retrouvée en Algérie ?
J’ai épousé un Algérien à La Havane, et il m’a emmenée dans son pays.

Vous êtes algéro-chilienne. Comment vivez-vous la double culture ?
Ma culture hispanique ne heurte pas la culture algérienne. Au contraire, dans beaucoup de domaines, elles peuvent se développer en harmonie. Mes études de littérature médiévale espagnole m’ont mise en contact avec les moaxajas (composition poétique d’Amérique Latine inspirée des mouwashahate arabes), le zéjel et toutes les influences arabes et orientales qu’avaient les écrivains espagnols médiévaux comme Juan Ruiz et le Comte Lucanor. Enfant, je connaissais quelques contes des «Mille et une nuits» que mon père me racontait. Ce qui a été nouveau pour moi est l’histoire. En Algérie, j’ai découvert un pays d’histoire millénaire. Plus j’étudiais l’histoire de l’Algérie, plus je me sentais fascinée par ce pays au point que je me l’appropriais, je le faisais mien. Avec l’histoire, naturellement, j’ai fait connaissance des gens de la Kabylie et de ses montagnes, de sa littérature orale. Malheureusement je suis limitée par la méconnaissance de la langue autochtone et je dois passer par la langue française pour connaitre la culture. C’est dans le domaine des langues que je ressens le plus mon incapacité pour arriver à l’essence de la culture algérienne écrite, mais je m’intéresse à tout ce que je peux comprendre.

«Une maison au bout du monde», un ouvrage signalé comme étant traduit de l’espagnol. C’est votre seule langue d’écriture ?
Pendant longtemps, je n’écrivais qu’en espagnol. Depuis quelques années, et même si je ne maîtrise pas bien le français, je rédige des articles et quelques textes dans cette langue.
Mais, il y a un endroit, à l’intérieur de moi, où je trouve les mots pour exprimer les sentiments, les souvenirs et les émotions. Ces mots cachés sont ceux de la première langue que j’ai parlée, et c’est à cet endroit que je me rends quand il s’agit d’écrire une nouvelle ou un roman. À ce moment-là, j’écris en espagnol.

Jusqu’à ce jour, vos œuvres n’ont jamais été traduites en arabe, pourquoi ?
Quelques personnes m’ont exprimé leur désir de traduire «Lucas le Morisque», mais elles ne sont pas passées à l’acte.
Traduire est une tâche difficile.
Entretien réalisé par Mourad Mancer

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