L’Algérie sépia d’Arezki Metref

horizons-dz.com | 04-01-2016

978-9947-63-052-5L’auteur, fils d’un commis-greffier, a vécu une grande partie de la guerre de Libération, dans le quartier populaire des Eucalyptus, où sa famille s’était installée en 1958. Ultime halte de ses pérégrinations, au gré des mutations du père. Il a conservé dans l’âme les stigmates de cette période troublée. Sa tête est aussi emplie de souvenirs. « Ce grand fracas qu’était la guerre a hiberné dans ma mémoire », avoue le narrateur (P.31).

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« Mon enfance est pétrie de guerre. Celle-ci constitue le socle de ma mémoire primale », lit-on plus loin. Cette séquence temporelle et spatiale est le cadre des cinq textes composant le recueil. Ils s’y imbriquent l’enchantement, la candeur propres à l’enfance et les désillusions de l’adulte. A travers les scènes et les personnages ressuscités, se découvre une Algérie sépia où l’on lisait encore l’Echo d’Alger et où le père récitait Lamartine. Le rêve d’indépendance s’affichait encore sur les murs et le voisin pouvait conduire un Saviem Galion.

Réalité et imaginaire 
Dans le texte, qui donne son titre à l’ensemble, la violence est omniprésente. La tristesse et le silence pèsent, les soldats s’adonnent au tir près de l’école et les écoliers rejouent à coups de pierres la guerre du FLN contre l’armée française. « Nous vivions la guerre en coulisse, son intensité, propagée par l’onde des chocs, faisait que nous recevions les heurts et parfois les victimes. » (P.94). Dans le quartier, les paras, les goumiers paradaient. La guerre pour autant, n’a pas pour unique visage celui de morts ou de blessés. « Le regard dans Mme la France » s’attarde sur une fête organisée par les soldats et ces moments d’évasion pour admirer un moto- cross. Le quartier vit à l’heure des manifestations du 11 décembre 1960. En classe, l’éveil des élèves s’accompagne de scènes drôles comme celle de ce cancre, féru de péplums justement, mélangeant les sens du mot tourneur. Il y a, à travers les noms ou les descriptions beaucoup de références au cinéma, univers de rêve par excellence. L’auteur juxtapose aussi des faits réels, tirés de sa vie familiale ou professionnelle aux envolées de son imaginaire. « Les silences de ma mère », s’ancre ainsi dans la mémoire familiale. Il ne s’agit pas pourtant d’une simple généalogie mais d’événements qui servent à en dresser le portrait ; à faire parler le mutisme de la mère ; à desceller son silence. L’auteur semble faire sienne cette affirmation de Fernando Pessoa pour qui « la littérature, c’est la preuve que la vie ne suffit pas ». La seconde nouvelle est un regard original sur les murs où se lit et se raconte l’histoire du pays et des individus. L’indépendance est d’abord un slogan devant les yeux d’un enfant. Vécue comme, comme un impossible rêve, elle se révèlera désillusion, une parenthèse enchantée pou Menouar. Ce dernier conduira à bord de son camion un groupe d’enfants survoltés du quartier vers Alger le 5 juillet 1962. Symbole fort que sa destinée. Après la fête et la journée de folie, il retrouve son silence et meurt par une balle perdue le 6 octobre. Les souvenirs tantôt poignants tantôt cocasses s’incarnent aussi dans l’obsession d’une institutrice. Des années plus tard, elle le hante encore. Il la fait revivre à travers un texte où la jolie maîtresse se présente en classe avec un revolver. Elle trouvera la mort dans une scène finale inattendue mais l’essentiel est ailleurs. Dans « Mme la France », l’atmosphère d’une classe où les échos de la guerre parviennent feutrés ou fracassants, le narrateur souffre mais s’étonne, s’émerveille. 
Le dénuement, la peur sont là. Aux côtés des siens, en compagnie de ses camarades d’école ou de jeux, le narrateur ne perd pas totalement son insouciance. Au-delà des histoires agencées, l’auteur use d’une démarche en vogue ailleurs. Des faits vrais et réels sont retravaillés et enduits d’une couche romanesque. Gabriel Marquez, qu’on croit être un des écrivains préférés de l’auteur, clamait que « la vie n’est ce que l’on a vécu mais la manière dont on s’en souvient ». Il rejoint aussi une longue liste d’auteurs algériens qui ont évoqué leur enfance en temps de guerre (Rabah Belamri, Assia Djebar, Leila Sebbar...).
« Le jour où Mme Carmel sortit son revolver », Éditions Dalimen, 101 pages, 350 DA.
H. Rachid

 

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