Chuchotements de Leïla Aslaoui-Hemmadi

lnr-dz.com | 15-10-2015

Les éditions Dalimen, hyperactives, viennent de nous mettre sous le nez un bon petit coup de poing qui au-delà de la première découverte fait plaisir.
En effet, elle est de retour, après quelques aventures livresques de bonne naissance, Leïla Aslaoui-Hemmadi, femme de loi, femme de droit, et surtout maintenant femme de lettres ne nous laisse jamais indifférents par sa droiture et son honnêteté intellectuelle très prolifique au demeurant. La probité et le sens de l’éthique étant des denrées rares dorénavant, ce n’est pas un luxe d’apprécier les sorties livresques de cette grande dame qui après une douzaine d’ouvrages différents vient cette fois nous dire haut et fort ses « Chuchotements » sur un roman assez volumineux.

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Plus de 360 pages trépidantes Leïla Aslaoui signe un roman aux multiples facettes sur fond d’une étrange déclaration d’amour à cette « Assima » si chantée, si appréciée et si pleurée après de longues nuits d’horreur et de sang. La sublimation de la douleur, pardonner, un mot creux emplis par une douleur indicible. Leïla Aslaoui, auteur d’essais et de mots terribles pour poser le doigt sur la douleur ne se laisse point faire pour rester debout et nous produire un roman attachant, quelque peu nostalgique mais attachant. L’auteure, choisit l’élément symbolique pour y installer un tourbillon d’action, fallait-il s’étonner de voir l’écrivaine donner le nom de «Hourria » à son personnage principal qui même s’il est marqué par une aura d’évanescence n’en demeure pas moins consistant. Quinze chapitres, quinze plaidoyers d’une Algérie symboliquement traité autour de l’héroïne principale qui s’interroge à travers une série de personnages qui apparaissent au fur et à mesure pour lui dire leur confidences, sorte d’aveux qui nous mettent en face d’indices sur cette grande histoire vue dans les méandres de la petite histoire composée et écrite dans une famille. « Chuchotements » vus par une auteure sur l’écume des choses de la vie avec des bribes d’histoire qui nous montrent ce qui a été, pourquoi, mais pas encore comment !? Sur un ton assez classique, mais aussi léger et dynamique, Leîla Aslaoui-Hemmadi nous plonge dans un univers assez chaotique, un peu clairsemé sur les concepts, mais le mix entre fiction installée dans des éléments de réalité qui donnent un ton efficace au roman nous laissent encore perturbés par les éléments auxquels se raccroche l’écrivaine, on ne saurait démentir le fait qu’elle possède un talent certain d’écriture avec bien-sûr l’interpellation de nombreux univers qu’elle maîtrise à merveille les connaissant sans nul doute comme personne, un peu de justice ici, quelques notions nostalgiques là et des interrogations sur la direction prise en cette nation comme pour paraphraser d’une manière délibérée un célèbre président algérien sacrifié sur l’autel des basses manœuvres encore non dite. « Chuchotements » ne nous rappellera pas les délires érotico-intellectuels de Ingmar Bergman qui s’en tient aux rapports duos de ses couples qui interrogent l’intimité et les non-dits dans des sociétés nordiques qui par-delà les silences envahissant crient leur douleurs dans l’enfer des doutes, de tous les doutes ? Le roman de Leïla Aslaoui-Hemmadi se pose la question, des dits, des non-dits, des choses à taire et des secrets de polichinelle, l’écriture est une sorte d’espace potentiel qui esthétise la douleur, qui met des mots sur le doute, il est très difficile pour un critique de mettre des mots sur ce roman qui ne trouvera son issue que dans le propre regard du lecteur. Briser l’intrigue ou raconter ces trois cent pages d’une aventure féconde en rebondissements laisse un récit émouvant, le style est concis et clair, notre amie laisse un peu les vagues à l’âme prendre le pas, mais il y’a aussi quelques bonnes plages d’auteur assez intéressantes. Mani Meriem, Nabil, Hourria, Mabrouka, font écho à la vénéneuse Sawda, les brus affrontent les vieilles veuves, Basidou livre ses secrets et les doutes s’effacent dans les rets de ces lignes écrites avec le cœur. On s’est pris d’affection pour cette galerie de personnages aussi durs pour certains qu’attachants pour les autres, le plaisir est intact de découvrir un peu de cette Algérie a l’histoire fabuleuse intégrée dans une continuité dialoguée intéressante à mettre en scène. Un théâtre d’ombres et de lumières, les chuchotements disent tellement plus que pour cette fois, la lumière a gagné sur l’ombre… «Chuchotements», roman, Leïla Aslaoui-Hemmadi, éditions Dalimen, Alger 2015.

 

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