Regretter l’absence de l’astre de Nawel Louerrad Minimalisme graphique et quintessence du verbe

lesoirdalgerie.com | 14-10-2015

L’une des parutions les plus remarquées du 8e Festival international de la bande dessinée d’Alger qui a pris fin samedi dernier est le nouvel ouvrage de Nawel Louerrad Regretter l’absence de l’astre (Editions Dalimen, 2015). Un travail exigeant et complexe tant sur le plan graphique que narratif.
En 2013, l’artiste s’est révélé avec fracas lors de la parution de son album Les vêpres algériennes, une œuvre qui introduisait une sémantique méconnue dans le monde de la bande dessinée algérienne tant Nawel Louerrad s’offrait toutes les libertés pour créer une cartographie introspective et décalée de l’histoire de son pays. Ce dépouillement, ces traits vaporeux et cette transgression des codes établis, on les retrouve dans son nouvel ouvrage Regretter l’absence de l’astre avec néanmoins des tonalités philosophique, voire métaphysiques, plus marquées.

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On entame ces planches selon un rythme astucieusement mis en place par l’auteure qui nous fait transhumer d’un univers muet et sombre vers les sphères du verbe et de la métaphore. Comme une musique sournoise, les formes et les mots de Nawel Louerrad naissent dans l’ambiguïté et le mystère avant de s’entremêler brutalement dans une danse complexe et criarde où le questionnement est aussi abyssal que sa représentation graphique. Malgré la pureté des traits et le minimalisme de la démarche, l’iconographie de l’artiste s’avère extrêmement dense tant elle porte à son paroxysme une littérature et une plastique angoissantes, solitaires et obscures.
Contrairement à son précédent album, Regretter l’absence de l’astre semble se détacher complètement du contexte algérien et s’envole vers des sphères apatrides où seuls comptent une quête effrénée du sens et le désespoir indicible qu’engendre l’impossibilité de le trouver. Et cette tourmente est ici exprimée par la répétition obsédante qui instaure dans les premières planches un échange d’échos et de murmures préparant la deuxième phase du livre : une explosion de dialogues lancinants et une architecture plus concrète même si elle ne se départit jamais de ce halo d’éther qui confère à l’ensemble un goût mystique. L’ouvrage qu’on pourrait qualifier de roman graphique dévoile alors sa substance narrative : il s’agit d’un long poème en prose qui explore la solitude de l’être, l’infini désertique qui encercle la vie humaine et le désir dément de liberté.
La chronologie du récit se situe dans un futur indéfini où Boualem, un ancien astronaute qui a traversé une rude dépression, vit dans un monde où les astres ont disparu et décide de se transformer en chardonneret. Ce chapitre est marqué par une puissante esthétique littéraire dont la préoccupation première est de sublimer ce sentiment de perdition et d’abandon à travers des fulgurances et des assertions improbables qui se distinguent autant par leur style que par leur contenu. Avec Regretter l’absence de l’astre, Nawel Louerrad confirme son double talent littéraire et artistique et se place indéniablement parmi les auteurs les plus originaux et les plus audacieux de sa génération.
Sarah Haidar

 

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