Rencontre avec le romancier Karim Bekkour à la librairie du Tiers-monde : L’amour et la culture en héritage

Par : Lynda Graba | elmoudjahid.com | 23/02/2015

damours-et-de-fantomesL’auteur est un parfait inconnu sur la scène littéraire algérienne, et il faut dire que son parcours professionnel scientifique ne le prédisposait pas à l’écriture voisine des arts de tous genres. Nous avons rencontré Karim Bekkour en déplacement en Algérie, depuis la lointaine ville française de Strasbourg, qui signait son premier roman, D’amours et de fantômes, samedi dernier. Nous avons voulu en savoir plus sur ce livre qui se présente comme topologie à donner le vertige dans une sorte de melting-pot de références historiques et culturelles qui décrit le labyrinthe des personnages ciselés, à travers une histoire d’amours malheureux où se profilent, dans les circonvolutions du récit, une sorte de chaos pictural qui pointe un doigt accusateur sur tous les réprouvés du monde, les passions, les haines et toutes les tragédies d’un univers en proie à une furie destructrice. Ici l’entretien express que nous a accordé l’écrivain.

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Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
J’ai fait des études en forage pétrolier à l’Institut algérien du pétrole de Boumerdès entre 1975 et 1980. Ensuite, j’ai travaillé à Sonatrach comme ingénieur de forage, puis j’ai fait mon service militaire, et je suis par la suite revenu à l’Institut où j’ai été formé pour enseigner pendant trois années. Mais je voulais pousser plus loin mes études, et c’est ainsi que je suis parti en France pour préparer un doctorat en mécanique des fluides, et je suis resté là-bas en tant qu’enseignant chercheur à l’université de Strasbourg.

En lisant ce qui est écrit au verso de votre livre par l’éditeur, on constate que votre écriture emprunte beaucoup de références de lectures, ainsi que des personnages de l’histoire antique algérienne et celle des parties oubliées du monde ?
Oui, effectivement. Ces références sont liées au fait que je suis un passionné de lectures même si je présente un profil professionnel de scientifique. Je suis aussi passionné de cinéma et d’histoire. Tous ces éléments font partie de ce roman à travers lequel j’ai voulu me faire plaisir en les intégrant dans la rédaction.

Le livre précisément, que raconte-t-il ? Pouvez-vous nous parler de la trame romanesque ?
C’est une histoire d’amour entre un Algérien vivant en France et une Française alsacienne. Le titre comporte le mot fantôme, c’est en référence au personnage de Mourad qui est assailli par le passé. Ce dernier va être rappelé à un moment crucial de sa vie par ce fantôme, et il va essayer de reprendre contact avec son premier amour en Algérie. Ensuite, je ne vais pas dévoiler la fin, car le livre risque de perdre de son mystère. Le personnage s’appelle Mourad, et la fille s’appelle Laura, et ils s’aiment passionnément ; simplement Mourad n’arrive pas à oublier son premier amour et donc dans le roman. Il y a cette dualité entre l’amour actuel qu’éprouve Mourad pour Laura et l’amour passé pour Nachida. Le personnage est complètement pris entre deux feux, il aime toujours Nachida, mais de manière virtuelle puisqu’ils se sont quittés depuis de très nombreuses années. Cette dernière a refait sa vie : elle est mariée et a des enfants, mais lui n’a pas encore coupé le cordon peut-être physiquement, mais, dans son esprit, cette femme est toujours présente quoiqu’il fasse et où qu’il aille. Mourad a aimé avec passion cette Algérienne, puis leur histoire s’est terminée un jour d’une manière douloureuse parce que cette femme s’est aperçue qu’elle ne rendait pas suffisamment cet amour à Mourad qui est resté emprisonné dans cet amour très malheureux.

Nachida, dans une autre lecture, ne représente-t-elle pas les origines et la référence à la terre natale ?
Oui, complètement, car le personnage ressent comme un appel de la terre à travers elle. D’ailleurs, il revient en Algérie pour plusieurs raisons, notamment professionnelles, et l’histoire aura son épilogue en Algérie. Mais le livre est construit en parallèle avec des références historiques, comme l’opération «Gerboise bleue», à savoir les essais nucléaires français dans le Sahara. J’évoque aussi l’illustre Saint-Augustin, et ces deux éléments constituent la partie algérienne de l’histoire. Mais on retrouve ailleurs les indiens Micmac au Canada, et on va parler de la déportation entre guillemets des Acadiens au Canada. Puis, on voyage en Australie où je parle des Aborigènes et de leu histoire.

Qu’est-ce qui explique que votre esprit voyage à travers tous ces éléments référentiels ? Y a-t-il une connotation derrière tout ça ?
Non, pas particulièrement. je pense que, quelque part, on est mieux loti dans l’écriture pour raconter des choses que l’on a réellement vécues, car le parcours de ces lieux a existé : j’ai visité dans ma vie et même vécu pendant un certain temps dans ces régions. Donc, l’Australie, le Canada, le Sahara où j’ai travaillé dans différends endroits. Mais tout cela dans cette histoire d’amour destructeur est voulu, car je tenais à parler de l’extermination du peuple Acadien, comme je voulais aussi parler des essais nucléaires parce que c’est un sujet qui m’intéresse, notamment dans la région du Sud où j’ai passé mon service militaire, une région qui était à proximité de l’endroit où se sont déroulées les essais nucléaires ; et même si cela remonte à longtemps, le sujet m’interpellait au point que je me suis documenté là-dessus. Cela est pareil pour Saint-Augustin qui est un personnage qui m’a toujours passionné. En gros, c’est une part, la mienne, que je mets dans ce livre.

Qu’est-ce qui a fait que vous avez basculé d’un univers plutôt rationnel et cartésien à l’écriture ?
Je n’ai pas basculé dans la mesure où j’ai toujours aimé écrire, même quand j’avais à peine douze ans. J’écrivais de petits poèmes, et ensuite chaque fois que quelque chose m’intéressais, j’écrivais des morceaux de textes. J’ai toujours écrit de manière régulière et puis tout jeune j’avais ce projet de publier un jour un vrai roman, et ce rêve je l’ai réalisé aujourd’hui à 58 ans ! C’est un livre qui vient de l’intérieur, je n’ai jamais fréquenté d’ateliers d’écriture, mais le soir chez moi, je m’attable parfois toute la nuit pour écrire, car je suis inspiré par l’atmosphère calme quand tout le monde dort et c’est dans ces moments que je me libère et aère mon esprit. Je suis actuellement dans le projet d’un deuxième livre dont l’écriture sera complètement différente dans le sens où dans le premier, j’ai transposé une partie de mon vécu et que dans celui que je suis en train d’écrire tout est fiction, je dirai même à 100%. Le livre se situe à Cuba où je n’ai jamais mis les pieds, et c’est en gros basé sur de la recherche documentaire pour décrire par exemple le café où Hemingway est passé. Je me documente ainsi sur une ruelle de La Havane. C’est un roman vraiment technique où est complètement absente la part personnelle. C’est de la littérature, si je peux m’exprimer ainsi.

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