Note de lecture : L’amulette de Selma, de Mohamed Boudiba : Une peinture singulière des traditions kabyles

Par : Lynda Graba | elmoudjahid.com | 09-02-2015

amulette-de-Selma-2Bien des écrivains sont portés dans leur projet d’écriture par la description de leur société à travers un traitement fictionnel qui n’échappe pas à une référence qui s’inspire directement de faits réels et de personnages authentiques.

Si l’on a coutume de dire que la réalité dépasse la fiction - tant il est vrai qu’elle peut décrire des trajectoires de vies dont l’ampleur historique et sociale est tellement singulière qu’elles vont parfois au-delà de l’entendement humain- force est de croire que notre romancier aura focalisé sa thématique de base sur cet aspect. Ce sont justement ces sujets colportés en milieu rural, dans certains villages de Kabylie où l’on raconte à ce jour des histoires qui ont défrayé la chronique à telle enseigne que certains auteurs en font de beaux romans destinés aux lecteurs désireux de connaître les us et coutumes d’une société tout en ayant comme objectif premier de faire une critique rigoureuse de certains aspects obsolètes de la tradition dans son esprit séculaire qui peut constituer un frein dans l’évolution nécessaire d’une société qui doit pouvoir s’ouvrir à la modernité en changeant les mentalités rétrogrades.

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Le romancier Mohamed Boudiba a fait paraître au dernier trimestre de l’année 2014 aux éditions Dalimen, un livre qui relate l’histoire d’une famille issue de la ville d’Akbou et dont les membres, entre autres le père forgeron et la mère au foyer vivent une vie faite de tranquillité et de dur labeur, sans souci particulier à part celui de marier leur fille Selma qui a atteint les 26 ans et semble être une fille soumise car elle a accepté d’être cloitrée dans la demeure familiale après avoir obtenu son baccalauréat, son père ayant préféré la savoir en famille et non dans une université qui lui aurait permis d’obtenir un diplôme d’étude, même si, quelque part, il regrette sa décision qui n’est qu’une façon d’obéir aux règles de la tradition ancestrale. Dans cette famille soudée autour de valeurs intrinsèques à la société kabyle tout particulièrement, les liens parentaux qui unissent un père à sa fille et où la moindre incartade, si elle n’est pas punie par la famille, est sévèrement sanctionnée par les sages du village, la confiance et l’amour profonds et sincères des enfants à l’égard des parents est une donnée fondamentale. Amar, le forgeron, ami du tailleur d’origine maraboutique, décide un jour d’écrire un vœu sur du papier pour que sa fille se marie bientôt. Cette amulette rédigée par le tailleur auquel le forgeron prête un pouvoir surnaturel devra être secrètement portée sur la poitrine de Selma pour attirer la chance et un destin radieux. Une marieuse ayant aperçu la jeune fille au cours d’une veillée funèbre lui propose un prétendant.
 La famille, qui accepte, découvre après avoir accordé la main de Selma que sa future belle-famille avait caché la vie dissolue de leur fils qui est un noceur et qui a déjà divorcé deux fois, brisant ainsi l’avenir de deux jeunes filles. Le romancier, beaucoup plus enclin à relater les faits qu’à s’encombrer de longues descriptions sur le village, notamment les paysages naturels avec ses montagnes et ses collines verdoyantes au printemps, va ainsi mettre l’accent sur les mœurs d’une société où le code de l’honneur est une donnée incontournable. Le forgeron demande à sa fille de prendre une arme pour se protéger lors de la nuit de noces car cette dernière devra la brandir si elle apprenait de la bouche du marié la vérité. Ce qui devait arriver arriva  puisque Selm découvrant la supercherie de ses beaux-parents, se voit contrainte de menacer le marié qui s’apprêtait à commettre l’irréparable. La nouvelle fait le tour du village et même des tribunaux de la région et elle montre s’il en est à quel point la persistance de la tradition qui veut d’un homme ait le privilège d’épouser autant de femmes qu’il désire sans se préoccuper de leur sort, peut être détournée et changée pour peu que l’on affronte un danger même en utilisant la ruse pour trouver la vérité. Selma, qui est très attachée à son père et qui lui obéit au doigt et à l’œil, continuera à porter l’amulette jusqu’au jour où Rachid, un algérien rencontré chez son frère Mouloud en France, un algérien de père cherchellois et de mère pied-noir apparaîtra dans sa vie et se voit succomber à son charme : «Jamais Selma n’aurait pensé vivre une nuit de noces dramatique.
Dans ce roman captivant, où les faits sont souvent authentiques, l’auteur nous fait voyager à travers les us d’une société dont il dresse une critique. Il attire l’attention du lecteur sur le sort d’un métier de création, vieux de cinq mille ans, et qui est menacé de disparition», lit-on en quatrième de couverture. Pour rappel, Mohamed Boudiba est avocat de formation et artiste-peintre. Il est entré dans la littérature avec un livre historique, publié en France et en Algérie. Dans un tout autre style, il nous livre son premier roman sociologique.

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