Nawel Louerrad – Les vêpres algériennes

 

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Par : memoires-algeriennes.com | Mercredi 5 juin 2013

 

Nawel Louerrad, après des études d’architecture et à l’École des Beaux-Arts, a fait une entrée remarquée dans le neuvième art. Elle a participé à l’album collectif « Monstres » et dessine pour El Watan Week-End. Elle a publié aux éditions Dalimen en 2012 un magnifique récit graphique intitulé « Les vêpres algériennes ». Ce travail personnel au trait épuré et intranquille est une réflexion tourmentée sur la violence. Mémoires algériennes a rencontré l’auteure récemment à Alger.

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Vous proposez dans « Les vêpres algériennes » une vision personnelle et inhabituelle sur la fièvre mémorielle qui a accompagné le cinquantenaire de l’indépendance algérienne.

Chacun a son approche de l’Histoire. Personnellement, le matraquage médiatique de part et d’autre de la Méditerranée m’a été difficile. On édicte ce qu’est l’Histoire et ce qu’est notre identité. Alors que ces questionnements n’ont pas forcément de réponses. Même si l’Algérie est un pays jeune, c’est fou qu’on se coince dans ces questions. Mais pratiquement tout le monde, les jeunes comme les moins jeunes ont été finalement assez détachés, après avoir été pétris et même débordés sur ces problèmes là par le système éducatif. Je ne suis pas dans la critique mais davantage dans l’état des lieux. Toutes ces problématiques se régleront mais pas tout de suite, cela passera beaucoup par l’école qui pourrait davantage laisser place à la sensibilité et à la créativité de l’enfant et par la création d’une société civile avec un fort tissu associatif, par les activités artistiques, par ce que j’appelle les petits riens.


Pourquoi ce rapprochement entre l’indépendance et la décennie noire dans le propos de votre album ?

Ce rapprochement passe par la figure du personnage porté sur son dos. Ça peut avoir un côté morbide, effrayant mais c’est la seule image que j’ai trouvée. Elle symbolise la proximité et le poids de la décennie noire, mais qu’on ne peut pas voir en face. On en vit encore les conséquences, on ne parvient pas à conscientiser les ressorts de la violence de ces années. Peut-être que les jeunes nés après les années 1990 pourront en parler. D’où l’importance à mes yeux des livres jeunesse (NDLR : Nawel Louerrad effectue une résidence d’écriture à Dar Abdeltif pour produire une œuvre collective de littérature jeunesse).

Il y a eu sans doute un oubli nécessaire de la décennie noire, mais le poids de la violence est encore très présent. Parallèlement il y a une omniprésence de la Révolution. Notre pays est jeune et s’est construit sur ces années de révolution, c’est le mythe fondateur, ce qui peut unir les Algériens. Mais la violence, au sens large, celle de la colonisation, de la guerre d’indépendance, de la décennie noire est toujours là, elle est même transmise souvent inconsciemment. Je me souviens, un jour en France – puisque j’ai fait une partie de mes études en France – alors que j’étais dans une gare, je vois un militaire Vigipirate et j’ai éprouvé une haine directe, instinctive. J’ai compris ainsi cet inconscient transporté. Les choses évolueront, avec une certaine lenteur, nécessaire.


Les vêpres algériennes représentent-elles aussi une réflexion sur l’identité ?

Il y a une véritable obsession de définition de  l’identité algérienne. Je me suis moi-même posée cette question. C’est important et intéressant pour se construire mais s’il s’agit de l’identité nationale, je m’en méfie. Elle fige les choses et place de la fierté là où il n’y en a pas forcément. Cela oriente le regard sur et vers l’étranger et cela prend la place des expressions des libertés individuelles ou d’autres aspirations. Cela simplifie ce qui devrait rester complexe.


Votre graphisme, votre trait possède une forme d’intranquillité en même temps qu’une grande sobriété. Comment l’avez-vous conçu ?

Ce n’est pas travaillé. – Nawel Louerrad nous laisse feuilleter son carnet de croquis – Mon dessin peut sembler obsessionnel, tant les mêmes choses reviennent, notamment les postures des corps. Mais, il y a une perte forcément entre le carnet et la publication. J’aimerais être au plus proche de ce que je mets dans mes carnets. Je ne pense jamais beaucoup au dessin avant. Je préfère rester dans une spontanéité au niveau du dessin. En revanche, j’écris beaucoup. Et je fais des dizaines de retours sur le texte, en élaguant. Cette partie m’intéresse beaucoup, même si l’écriture a toujours un côté impudique avec lequel j’ai beaucoup de mal.

La réalisation est toujours douloureuse, je la fais en très peu de temps pour ne pas me laisser trop d’options, ne pas avoir le choix. Pour cette BD, je me suis laissée 44 jours pour 44 pages. Une planche par jour. C’est une petite torture. C’est douloureux d’écrire, mais surtout de relire et de faire des choix.

 

 

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